« Je voulais faire de ce Manoir une maison de re^ve. Un lieu ou` travailler et
aussi s’amuser, sans les proble`mes et les conflits du monde exte´rieur. A`
l’inte´rieur, un ce´libataire avait le contro^le total de son environnement. Je
pouvais passer de la nuit au jour, visionner un film a` minuit et commander a`
di^ner a` midi, avoir des re´unions au milieu de la nuit et des rendez-vous
galants l’apre`s-midi. » Voici le projet de Hugh Hefner, le créateur du magazine
Playboy et concepteur du fameux Manoir à l’intérieur duquel il va se confiner
pendant plus de quarante ans. Publié pour la première fois en 1953, Playboy n’a
pas seulement été le premier magazine érotique populaire des États-Unis ; il a
également fini par incarner un style de vie entièrement nouveau, construisant
une série d’espaces multimédia et utopiques : manoir, penthouse, clubs, hôtels…
tous ultraconnectés, comme s’ils préfiguraient l’ère contemporaine de
l’incessante émission-réception d’images et d’informations et d’une vie conçue
pour se donner en spectacle. Simultanément, l’invention de la pilule
contraceptive donne accès à une technique biochimique qui sépare la sexualité
(hétéro) et la reproduction. Là où on a pour habitude de ne voir que des femmes
déguisées en lapin pour le plaisir des hommes, Paul B. Preciado étudie les
relations stratégiques entre l’espace, le genre et la sexualité dans des sites
liés à la production et à la consommation de pornographie hétérosexuelle restés
en marge des histoires traditionnelles de l’architecture : garçonnières, lits
rotatifs multimédias ou objets de design. En combinant les perspectives
historiques avec la théorie critique contemporaine, la philosophie de la
technologie et un éventail de sources primaires transdisciplinaires – Sade,
Ledoux, Restif de la Bretonne, Giedion ou Banham, traités sur la sexualité,
manuels médicaux et pharmaceutiques, journaux d’architecture, magazines
érotiques, manuels de construction et romans –, Pornotopia explore l’utilisation
de l’architecture comme technique biopolitique pour gouverner les relations
sexuelles et la production du genre pendant la guerre froide aux États-Unis, et
raconte la genèse de la nouvelle masculinité hétérosexuelle des réseaux sociaux
d’aujourd’hui. Paul B. Preciado est philosophe, commissaire d’exposition et
auteur. Dans la lignée des travaux de Gilles Deleuze et Félix Guattari, Michel
Foucault, mais aussi de Monique Wittig et Judith Butler, ses ouvrages sont des
références internationales des études queer, trans et non-binaires. POSTFACE
INÉDITE DE L’AUTEUR